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L‘Union Locale de Dieppe a décidé de faire un premier mai revendicatif mais aussi festif profitant de l’occasion du cinquantenaire de Mai 68. En lien avec la mairie de Dieppe mais aussi l‘Institut d’Histoire Sociale CGT de Seine Maritime 76, une expo parcourant les événements à Dieppe mais aussi au niveau national et international sera visible dans l’Hôtel de ville. La parole à Jacky Maussion, Président de l'IHS CGT 76.

 

Jacky : Peut-on aujourd’hui refaire un nouveau mai et juin 68 ?

 

JM. La grève générale est une utopie que l’on peut partager. Certes la société a changé, les conditions ne sont plus les mêmes. Mais lorsqu’on s’intéresse à l'histoire sociale, nous avons au moins une certitude, nous ne savons pas quand et où un tel mouvement peut prendre forme et s‘étendre. La grève du printemps 68 ne surgit pas d‘une génération spontanée. Les salaires sont bas et il n‘est pas rare de travailler plus de 48 heures par semaine. Depuis 1966l’unité d'action a été actée avec la CFDT. Les ordonnances sur la Sécurité sociale en 1967 vont provoquer de nombreuses manifestations unitaires. En janvier les métallos de Caen engagent un mouvement déterminé qui va durement être réprimé, puis ce sera au tour de ceux de Sud Aviation en Loire Atlantique et enfin Renault Cléon le 15 mai, puis Renault Sandouville le 16 mai. lorsque ceux de la Cellophane le 17 mai à Arques la Bataille décide d’occuper leur entreprise la grève générale comme une tâche d'huile s‘étend déjà à tous lessecteurs, à Dieppe, comme ailleurs. J’ajoute qu‘on ne peut s’en remettre au passé, c‘est aujourd’hui qu’il s’agit d’unir pour transformer la société dans le sens de la justice sociale et de la paix.

 

Les acquis de 1968 sont-ils importants ?

 

Oui, c'est indéniable. Le SMIG a augmenté de 35 %, le temps de travail a été réduit d‘une heure par semaine compensée à 100 % avec l‘engagement selon les négociations dans les entreprises d'aboutir aux 40 heures. Le droit syndical est enfin reconnu. Durant la décennie qui va suivre de nombreux accords seront signés sur des sujets qui améliorent les conditions de travail et les droits des salariés. Tous ces acquis sont aujourd’hui mis a mal. Les patrons ne se sont jamais inclinés devant la reconnaissance du droit syndical. L’inflation a réduit le pouvoir d’achat même si la lutte a permis de changer, deux ans plus tard, le SMIG en SMIC, qui a permis la naissance de ce que l’on nomme « le coup de pouce » lors de sa revalorisation. Aujourd'hui tout ce qui est «collectif» est dans la ligne de mire : les statuts, celui des cheminots et de la fonction publique, les conventions collectives avec la nouvelle loi travail. la Sécurité sociale avec une nouvelle ponction sur le salaire socialisé. Et bien sûr les syndicats. Mai 68 participe au même titre que 36 et des conquêtes sociales dela Libération de la mise en place de notre modèle social. C’est cela qu'il s‘agit aujourd‘hui de défendre et d'améliorer. C’est le meilleur moyen de commémorer le printemps 68. Par ailleurs la réforme a pour but de transformer la SNCF, entreprise de service public couvrant la totalité du territoire, en une myriade de sociétés capitalistiques spécialisées dans le transport périurbain, mandatées et financées par les régions.

 

Tout le monde, ou presque s’accorde pour affirmer que le mouvement de 1968 a provoqué des modifications importantes dans la société 

 

1968 renvoie souvent l‘image d’un pavé et de quelques slogans sélectionnés. Je

pense à « Vivre sans contraintes » ou à « Jouissez sans entraves ». Tout cela peut permettre de donner à comprendre l’état d‘esprit d’alors mais il s'avère aussi que cette image et tous ces slogans sont utiles aux conservateurs pour fustiger le mouvement lui-même et la grève en particulier. Il aurait fallu, selon eux, que les valeurs traditionnelles soient liquidées pour permettre à un capitalisme français poussiéreux de se moderniser en balayant la vieille bourgeoisie industrielle au profit d’une nouvelle bourgeoisie libérale, cool, détendue, financière, conquérante.

Nous avons là tout le fond du discours entre le vieux monde et le nouveau monde de la République en Marche. Il n’en reste pas moins que le « champ culturel » a profondément été modifié dans les années qui ont suivi 1968. Je pense notamment aux rapports entre jeunes et adultes, entre les femmes et les hommes, aux rapports hiérarchiques, à l‘éducation, à la libération de la femme.

 

(Jacky sera dimanche à 11h25 sur France 3 dans l‘émission Dimanche en Politique sur ”Mai 68 qu‘en reste t-il ?")

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/emissions/dimanche-en-politique-haute-normandie/1968-2018-il-y-50-ans-france-vivait-mai-68-1466511.html

 

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